Bonjour,
Votre questionnement est légitime et nous avons régulièrement ce genre d'interrogation. Si vous avez lu beaucoup de nos réponses sur le sujet, vous avez sans doute remarqué que nous avons toujours expliqué qu’il fallait replacer les écrits d’Allan Kardec dans le contexte de son époque où la religion catholique traditionnelle était omniprésente, où la notion d’épreuves, de fautes, de souffrances, était encore très présente. Pour que les idées spirites "prennent", il fallait que les propos soient adaptés à la compréhension naturelle des consciences de l’époque, baignées dans une éducation religieuse qui restait la seule référence en matière de spiritualité, sans pour autant que cela trahissent le sens véritable des enseignements des esprits. Si A. Kardec emploie le terme d’épreuve ou d’expiation, il faut le prendre avant tout dans le simple sens de la relation de cause à effet entre des actes d'une vie et les conséquences que cela peut impliquer dans une autre. Expier des fautes suggère être puni de ce qu'on aurait pu faire (ou ne pas faire), comme s'il fallait payer des actes, des comportements, commis en nos vies passées. Or ce principe de punition, de paiement de dettes, va de toute façon à l'encontre des principes humanistes de la philosophie spirite et d'une bonté infinie qu'on accorde à cette puissance divine appelée Dieu : partage, pardon, respect, amour, tolérance sont des valeurs fondamentales enseignées par les esprits. Si l'expérience montre que la souffrance pousse parfois les gens à "évoluer", en aucun cas cette souffrance ne se justifie.
Aujourd’hui, les propos des esprits ont beaucoup évolués, s’adaptant à l’évolution de la société et de la réflexion humaine. La réincarnation ne se pose pas ou plus en ces termes d'expiation, de punition, de dette, ou encore de karma comme on l'entend souvent. Cette fameuse relation de cause à effet repose avant tout sur une prise de conscience faite lors du bilan effectué dans l'au-delà avec le guide quand l'esprit vient de quitter la vie incarnée. Prise de conscience de nos actes, prise de conscience de nos responsabilités (car tout ne dépend pas non plus que de nous : on peut aussi rater des choses sans que ce soit de notre seule responsabilité), pour que l'esprit réalise et assume pleinement son passé. A partir de là, il abordera son retour avec la volonté d'évoluer, d'apprendre, pour appréhender d'une autre manière la vie, les rapports humains,... Cette prise de conscience dans l'au-delà est la meilleure des expiations, car loin de se dire qu'on passe l'éponge facilement et qu'on s'en tire à bon compte, elle peut être très douloureuse pour l'esprit, car il n'y a pas de mensonge ou de fuite possible dans l'au-delà. L'esprit est mis face à sa vérité et quand ce n'est pas beau à voir, cela peut faire très mal. Mais il n'y a jamais de jugement, c'est une prise de conscience active de la part de l'esprit, c'est bien plus efficace qu'une punition qui ne serait pas assumée. Ainsi, relation de cause à effet et choix de vie en fonction du passé, oui, mais expiation et punition, non. C'est bien de cette manière qu'il faut comprendre le propos des esprits désormais tel qu’ils l’affirment.
Tout cela étant dit, quant aux esprits qui ont pu se manifester au temps d’Allan Kardec, nous sommes confrontés là à la difficulté récurrente d’hier à aujourd’hui de toute médiumnité qui doit se gérer avec les problématiques de l’inconscient et de l’authenticité des esprits qui se manifestent. La médiumnité n’est pas une science exacte, mais une science humaine. Malgré sa rigueur et sa démarche des plus scientifiques, A. Kardec l’avait bien cerné et a toujours su préciser que si des données nouvelles venaient mettre à jour, voire contrecarrer, des informations initiales, il fallait savoir réévaluer la question. Dans l’immense somme de travail réalisé, A. Kardec n’a pas eu le temps en 15 ans de codification du spiritisme de tout approfondir et de tout démêler dans la complexité de la communication spirite. En l’occurrence, il n’est pas déraisonnable de penser dans l’exemple que vous donnez que l’information n’est pas authentique de la part des esprits. Car, comme expliqué plus haut, affirmer qu’un esprit devrait revivre absolument à l’identique ce qu’il a pu faire subir dans une précédente vie, dans une punition de type ‘œil pour œil, dent pour dent’, est absolument contraire aux principes chrétiens universellement défendus par le spiritisme et tous les esprits depuis des décennies. Si le but est bien l’évolution, ce n’est pas en (re)vivant soi-même sans plus de compréhension ce qu’on a fait à d’autres qu’on avancera. Derrière, il y a la notion de réflexion, de prise de conscience, de pardon aussi, d’amour, qui apparaît comme la voie la plus efficace pour évoluer.
Bien à vous