Bonjour Mary,
Nous n’avons pas lu les ouvrages de R. Dawkins, il nous sera donc difficile d’en faire une analyse approfondie tout autant que du personnage lui-même. Il est cependant bien sûr toujours intéressant d’ouvrir son esprit à toutes sortes de lectures, même celles n’allant pas toujours dans le sens de nos propres convictions. Cela ouvre la curiosité, fait réfléchir, et permet d’en apprendre sur ce que pensent d’autres qui n’ont pas les mêmes idées que soi.
L’argumentation de Dawkins qui ramène tout être vivant à ses gènes n’est cependant pas nouvelle. C’est la pierre d’achoppement du matérialisme scientifique athéiste qui ne conçoit la vie et ses mystères qu’à travers la matière, n’ayant pas pu jusqu’à maintenant mettre Dieu dans une éprouvette. Il est toujours facile de pointer du doigt la faiblesse des acquis religieux et ainsi de critiquer les religions qui de tout temps ont établis des dogmes purement arbitraires par simple décision humaine. Ainsi on jette l’idée de Dieu avec l’eau du bain ! En reprenant la seule religion catholique et l’historique des conciles du Vatican, on découvre aisément les éléments fondateurs du catholicisme : déification de Jésus et mise en évidence de la sainte trinité, abolition du concept de réincarnation, enfer et paradis, immaculée conception et virginité mariale, anges et démons,… Sous couvert de l’impénétrabilité du caractère divin, on a établi le caractère universel et immuable de ces principes sur lesquels se construit toute l’architecture de la théologie catholique et qui pourtant ne reposent que sur la seule pensée humaine. On part de l’humain pour en faire du divin, on réduit un principe d’ensemble (le divin) à un élément unitaire (l’humain), alors que c’est peut-être par la méthode inverse qu’il faudrait appréhender la divinité.
En spiritisme, les esprits expriment les choses de manière beaucoup plus cohérente. Il n’est point question de dogmes, mais de principes vérifiés par l’observation expérimentale et rigoureuse des faits, qui par logique déductive amène à l’idée de Dieu. Le spiritisme se revendique à la fois d’une philosophie et d’une science, et a cette spécificité de n’être pas issu de la pensée humaine car ce sont les esprits eux-mêmes qui ont apportées les réponses. L’athéisme aux yeux de nombreuses personnes ne représente donc que le rejet d’une idée représentée par les seules religions parce qu’il n’y a que cela à "se mettre sous la dent". Nombreux d’athées se sont réconciliés à l’idée de Dieu grâce à la pensée spirite.
Cependant pour revenir aux gènes de Dawkins, la génétique n’a jamais su expliquer les différences et disparités au sein d’une même famille, au-delà de l’éducation, des conditionnements sociologiques, et autres influences de l’entourage. Beethoven est né d’une fille de cuisinier et d’un père brutal et alcoolique. D’où viendrait alors son génie précoce ? Ainsi des hommes célèbres, savants illustres, etc, furent d’une ascendancee d’intelligence médiocre ou de milieux modestes (Copernic, Rousseau, Descartes, Kant, C. Bernard,…). A l’inverse, la puissance intellectuelle des génies ne fut pas transmises à leur descendance (Periclès eut deux sots, Germanicus engendra le sanguinaire Caligula, les fils de Napoléon, de Goethe, ou de La Fontaine n’ont pas brillé par leur intelligence,…).
Beaucoup de scientifiques aujourd’hui élèvent la science au rang d’une vérité absolue, comme étant la seule réponse possible aux grands mystères. Il y a une certaine prétention qui confère au dogme à vouloir tout ramener au niveau de la science, comme si elle seule pouvait apporter l’explication ultime. Vouloir amener Dieu à un phénomène observable par l’éprouvette et le microscope scientifique, c’est mettre la science au dessus de Dieu. Voilà une contradiction manifeste avec la notion même de Dieu en tant que force suprême, incommensurable, immuable. Dieu doit-il s’appréhender comme une expérience scientifique ? N’y aurait-il qu’une seule voie possible à la recherche du divin ? Traiter la théologie de manière scientifique, est-ce bien en ces termes qu’il faille aborder le débat ? La recherche de Dieu par la voie spirituelle ou métaphysique a tout autant sa légitimité que de vouloir appréhender les choses par la seule approche rationnelle scientifique.
Et il y a tout autant à redire de cette approche dite rationnelle de la science actuelle ne considérant que l’aspect mécaniste des choses, approche matérialiste qui rappelons-le n’est apparue qu’à partir des années 1920-1930. L’erreur fondamentale des matérialistes a été en effet de croire que leur conception était scientifique parce qu’elle s’éloignait des dogmes religieux. Entre d’autres termes, il était signifié que la science méthodique et expérimentale naissante démontrait par exemple la non existence d’un principe immatériel (l’esprit), libre, intelligent, et non soumis aux lois mécaniques universelles dont la physique, parmi d’autres disciplines, étudie les manifestations dans le domaine strictement matériel. En cela, cette même science prenait le contre-pied de la foi en niant instinctivement et aveuglément tout ce que celle-ci avait affirmé, et ce dès l’instant où la pensée humaine, jusque-là comprimée dans l’intolérance religieuse, avait retrouvé une liberté d’expression dans la définition d’une méthodologie scientifique moderne. Effet de balancier ou de réaction, c’est toujours ce schéma caricatural qui demeure encore aujourd’hui en vigueur dans la réflexion de nombre de personnes : esprit = religion et science = matière. Rejoignant un plan plus philosophique, beaucoup trop de gens ont alors confondu et confondent encore les constats de cette science-là avec les concepts scientifiques fondés sur ces mêmes constats. Ainsi, comme l’avait remarqué avec justesse le grand philosophe H. Bergson, on a décoré du titre d’affirmation scientifique cette conception dite matérialiste qui ne demeure en fait qu’une hypothèse purement idéologique ou un simple postulat. N’ayant jamais été une formule scientifique vraie, le matérialisme n’est qu’une conclusion philosophique basée sur un acte de foi et sur un principe d’autorité rejeté par la libre pensée et la raison pure.
Une autre erreur fondamentale de la science dite "moderne" est de ne vouloir considérer à tout prix que seul pouvait être qualifié de scientifique, le phénomène renouvelable à volonté dans des conditions rigoureusement données. Ce dogme réducteur exclue alors d’emblée une foule de connaissances scientifiques du domaine de la science standard telles l’astronomie, la météorologie, la sismologie, ou plus encore les sciences humaines pour lesquelles la méthode scientifique est pratiquement inapplicable. Cette rigidité scientifique, basée sur une approche strictement matérielle des choses, n’a donc pas pu et n’a pas su intégrer les spécificités de la phénoménologie dans laquelle certains faits - comme le spiritisme - ne peuvent répondre avec satisfaction à toutes les exigences proposées.
Alors, de manière surprenante, pour ne pas dire incompréhensible, on découvre que ce même Dawkins dans une thèse en 1995, introduit la notion du ‘même’ en tant qu’équivalent spirituel ou analogue mental du gène ! Ce ‘même’ est un objet mental qui, tel une créature biologique, serait soumis aux mêmes lois, contraintes, interactions, que son équivalent matériel. Ainsi l’apparition du langage, les croyances, les modèles mentaux, les mythes, etc, seraient représentés par autant de ‘mêmes’ qui ne peuvent cependant pas représenter à eux seuls l’immense richesse du patrimoine culturel humain. Est-ce dans ce ‘même’ qu’il faille finalement trouver l’explication du génie de Beethoven ? Tout cela laisse quand même songeur : d’un côté on réfute la pensée spirituelle sur l’autel de l’incompatibilité scientifique, mais de l’autre on introduit des concepts tout aussi métaphysiques qui ne résisteraient pas à la froide analyse du matérialiste scientifique…
Finalement s’il faut introduire ce genre de concept spirituel au niveau du gène, c’est un aveu d’échec qui montre bien que l’approche mécanique ne suffit pas à expliquer les mystères de la vie que la science matérialiste se fait fort de vouloir expliquer. Pourquoi alors ne pas appeler un chat un chat et revenir aux principes défendus par le spiritisme depuis des décennies et mettant en avant la notion de l’esprit ? Cela a été étudié, analysé, décortiqué, tant sur le plan théorique qu’expérimental depuis au moins le 18e siècle. Il a simplement suffit, à quelques scientifiques de renoms de l’époque qui n’avaient rien à envier à ceux d’aujourd’hui, l’ouverture d’esprit et l’humilité nécessaires. Rendons alors hommage à leur audace, à leur patience, à leur objectivité. Si le spiritisme revendique l’approche phénoménologique par la méthode de l’observation scientifique, la science d’aujourd’hui ne diffère de celle d’hier que par l’évolution des techniques et une meilleure connaissance de certaines lois physiques et matérielles, mais cette approche reste totalement la même. Nous ne pouvons donc que souhaiter désormais que les scientifiques actuels, qu’ils s’appellent Dawkins ou autres, retrouvent la démarche de leurs aînés tout en reconnaissant la valeur scientifique des travaux du passé et des constats qui en découlèrent, sans en oublier pour autant l’extension philosophique indispensable.
Voilà en complément des propos de Dawkins, quelques éléments soumis à la sagacité de la réflexion. Vous voyez, les choses ne sont pas aussi simples et tranchées, cela montre l’importance d’un débat qui n’a pas fini d’agiter les esprits…
Bien à vous