Merci pour votre première réponse, Jacques. Je commence à mieux cerner votre conception.<BR><BR>"L'identité personnelle ne se fonde pas que sur la mémoire consciente, et tout bon psychologue vous démontrera que l'identité s'est forgée par des refoulements successifs depuis la naissance, et que ces refoulements font partie intégrante de la personnalité."<BR><BR>Il ne faut pas confondre "avoir des effets sur l'identité personnelle" et "faire partie intégrante de la personnalité". Je ne tiens pas à discuter de la théorie psychanalytique du refoulement, qui, bien que séduisante, n'est pas de caractère scientifique. Laissez-moi vous exposer un très instructif exemple d'inconscient cognitif et de ce qu'on appelle en psychologie la "confabulation" :<BR>Le patient est un amnésique sévère qui perd systématiquement la mémoire des épisodes passés proches (de l'ordre de quelques heures). Incapable de subvenir à ses besoins, il vit à l'hôpital. Son psychiatre le voit ainsi quotidiennement, et pourtant M.X (appelons-le ainsi) est chaque fois certain de le rencontrer pour la première fois. Un jour, le psychiatre met une aiguille dans sa main lorsque, comme à l'accoutumée, M.X lui serre la sienne. M.X est piqué et a mal. Le lendemain, il a tout oublié. Mais voici qui est étonnant : M.X refuse désormais de serrer la main de son psychiatre. Quand ce dernier lui demande pourquoi, M.X, qui pense toujours le voir pour la première fois, répond : "J'ai toujours été méfiant envers les hommes en blouse blanche."<BR><BR>Cet exemple fameux de confabulation est clair : La personnalité de M.X a été modifiée par l'événement de l'aiguille, puisqu'il refuse dorénavant de serrer la main. Pourtant, son identité personnelle n'intègre pas l'événement lui-même, dont il n'a absolument aucun souvenir. Au contraire, il se fait d'emblée un nouveau "récit de soi" rationalisant a posteriori son comportement - il "confabule" en se définissant comme méfiant. Ainsi, l'effet de la piqûre (ne plus serrer de mains) fait bien partie de l'identité personnelle de M.X, mais non la piqûre elle-même (la douleur et la cause de la douleur).<BR><BR>Qu'en est-il pour votre pensée spirite ? Dans cette perspective, nous pourrions penser que ce que vous appelez "vies antérieures" a des effets intégrés à l'identité personnelle consciente, mais que ces vies elles-mêmes n'en font pas partie. De même, ma petite enfance avant trois ans, aussi déterminante soit-elle, n'est pas elle-même intégrée dans mon "récit de soi" conscient qui fonde mon identité personnelle.<BR><BR>"dans notre domaine ainsi que chez de nombreux philosophes, l'esprit transcende la matière parce qu'il la précède et qu'il survit à l'extinction du physique"<BR><BR>Ces esprits sont donc immatériels. Mais dans ce cas, comment peuvent-ils agir en ce monde matériel ? Être à la fois matériel et immatériel paraît ne pas respecter le principe de non contradiction. Et d'ailleurs, comment des esprits immatériels peuvent-ils se différencier les uns des autres s'ils sont en dehors de l'espace ? Le principe d'individuation suggère en effet que des objets contemporains diffèrent s'ils n'occupent pas le même espace. Des esprits immatériels non rattachés essentiellement à des corps particuliers ne peuvent, alors, faire qu'un seul. C'est d'ailleurs par ce raisonnement que Schopenhauer tente d'établir l'unicité de la volonté (dans le monde des choses en soi - hors de l'espace et du temps - il n'y a pas de pluralité possible).
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Métempsychose et personnalité (suite) -
Métempsychose et personnalitéBonjour,<BR>Ma question porte sur la possibilité d'une conciliation entre métempsychose, pluralité des "vies" et personnalité.<BR>Vous posez la "réincarnation" (terme par ailleurs absent de la conception hindoue) comme principe rendant compte du fait d'avoir des "vies antérieures". Cette conception engendre un certain nombre de problèmes.<BR><BR>Admettons que ces vies antérieures restent ignorées. Dans ce cas, comment penser que la même personnalité subsiste tout au long de ces vies ? Il est clair que la notion même d'identité personnelle est intimement liée à celle de mémoire - je vous renvoie à ce sujet à l'Essai sur l'entendement humain de John Locke. Comment des vies desquelles je ne conserverais aucun souvenir peuvent-elles être "mes" vies ? Et le phénomène des rêves ne nous avance pas d'un pouce : j'ai par ailleurs déjà rêvé d'être Donald Duck, cela ne signifie pas que je le sois ou l'aie jamais été - l'identité personnelle se fonde bien sur la mémoire consciente (et, oui, l'amnésique aux yeux du droit comme du philosophe constitue bien une autre "personne").<BR><BR>Admettons à l'inverse que ces vies antérieures soient consciemment rappelées. Dans quelle mesure restent-elles dès lors des vies plurielles et distinctes ? Nous n'aurions en réalité affaire qu'à une seule et même vie, et la pluralité ne concerne plutôt que les corps accompagnant cette expérience (de même que nous avons la même vie de l'enfance à la vieillesse, malgré une transformation profonde du corps).<BR>Le problème devient dès lors de comprendre comment une continuité de la conscience peut résister malgré une discontinuité des corps. Entre la mort et la réincarnation, avons-nous toujours des expériences ? Où nous situons-nous ? Et y a-t-il d'ailleurs toujours des corps disponibles ? Et si le corps n'est pas humain, commment penser que la personnalité reste la même quand bien même les expériences vécues sont radicalement différentes (pensez à l'expérience d'une chauve-souris, qui nous est parfaitement étrangère et inconcevable) ?<BR><BR>Je poserai éventuellement d'autres questions, selon la pertinence des réponses que j'obtiendrai déjà à celles-ci.<BR>Merci d'avance.