Nous ne sommes pas d'accord avec cette ancienne thèse, mais cela n'empêche pas de faire avancer le débat. Il y a toujours des notions qui méritent d'être affinées car le spiritisme n'est pas une philosophie statique. Et ce qui a dû être rediscuté au fil du temps, ce sont justement ces notions de destinées préétablies qui sont en contradiction l'idée du libre arbitre. Il y a bien en effet des "causes et des enchaînements de faits", mais ce sont les humains eux-mêmes qui sont à l'origine des causes entraînant des effets. Même si le degré de liberté est encore bien limité au stade humain de l'évolution, il n'en reste pas moins que ce sont les humains qui agissent de leur propre fait, sans être téléguidés de l'extérieur pour des actions qu'ils devraient forcément accomplir, comme s'il fallait répondre à un destin bien précis qui annihilerait tout sens des responsabilités. De deux choses l'une, ou l'humain a une certain libre arbitre lui conférant des responsabilités, ou il n'est que le jouet de son propre destin, auquel cas, quoi qu'il fasse, il arrivera ce qui doit arriver. <BR>Et concernant le moment de la mort en tant que cause voulue, peut-on décemment épouser cette thèse lorsque des bombardements aveugles et criminels massacrent des populations innocentes ? Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Faudrait-il alors supposer que toutes ces morts, de guerre, de terrorisme, de faim, de misère,... soient le résultat d'une volonté divine incontournable ? Il faudrait alors conclure que chaque désolation est un mal nécessaire pour évoluer dans une souffrance nécessaire. Et là, le pas est franchi, celui de la justification de tous les maux (utiles), la justification d'une guerre par exemple, en supposant donc qu'elle est incontournable et que nul ne peut l'empêcher ou s'y opposer. Le grand Jaurès s'était opposé à la première guerre mondiale jusqu'au prix de sa vie. Presque seul contre tous, il combattait des volontés humaines, il combattait ce qu'il voyait arriver avec horreur. S'il avait été moins seul dans son combat, les choses auraient pu en être autrement. On pourrait dire que son assassinat était programmé, on pourrait dire que cette guerre faisant des millions de morts l'était aussi. Et on peut en dire autant des guerres d'aujourd'hui. Si donc la destinée humaine qui se traduit régulièrement par des morts atroces, injustes et inadmissibles, qui seraient programmées précisément à l'avance, quelle est alors la part de divin au fond de chaque âme humaine ? Quelle est la part de la quête d'absolu qui réside au fond de toute âme, quelle que soit son évolution ? Il ne resterait plus qu'une volonté implacable du "grand horloger de l'Univers" méconnaissant les germes de liberté qu'il avait semé chez toutes ses créatures. <BR><BR>