Bonjour,
"Admirez ceux qui souffrent... Priez pour eux, pour qu’ils acceptent avec résignation et courage les épreuves."
Ce sont là des conceptions influencées par les notions religieuses de culpabilité, de jugement, de réparation des fautes par la souffrance et de résignation devant cette souffrance. Dans les faits, dans la réalité concrète, qui a déjà vu et connu des personnes capables d'accepter les souffrances sans broncher et de remercier Dieu de leur avoir envoyé une épreuve salutaire pour leur âme ? Je doute qu'il y ait vraiment des humains capables de cet exploit ou alors ils seront très rares… Ensuite dire que la souffrance est un facteur d'évolution, ce n'est pas exact, car pour évoluer il faut avoir les possibilités d'exercer son intelligence et sa moralité, en d'autres termes la possibilité de s'instruire, de s'intéresser à la vie, de réfléchir, de communiquer avec les autres, d'aimer. La plupart des personnes qui souffrent auront plutôt tendance à se révolter contre les causes de leurs souffrances, à se replier sur elles mêmes, à ne plus être disponibles pour les autres, etc. Ce en quoi la souffrance est davantage un facteur de blocage de l’esprit ne pouvant plus s’épanouir dans une vie normale.
Il faut voir maintenant de quel type de souffrance nous parlons. S’il s’agit de personnes qui, engagées dans un combat pour les droits, pour la liberté ou autre, et qui s’en trouvent persécutées, leur souffrance sera alors la conséquence de leurs actions, de la mission qu’ils se sont donnée, et elles auront alors démontré le vrai sens d’une évolution possible au-delà d’elles-mêmes, pour le bien et l’avancement de tous. Et cette souffrance particulière ne sera que le résultat du mal ambiant contre lequel ces personnes auront lutté. On est alors dans un sens positif de la souffrance où le but à atteindre n’est pas la souffrance en elle-même, mais un objectif humain pour l’évolution générale, un objectif qui malheureusement passe encore par la souffrance à cause de l’infériorité de notre monde.
Quant au concept de résignation, il est hérité d’une vieille culture historique du malheur : il fut prêché par la religion et les tenants des pouvoirs en d’autres temps, signifiant aux peuples opprimés qu’il ne devaient pas se révolter, mais accepter leur misérable condition voulue par un dessein divin et qu’ils y gagneraient ainsi leur paradis. Moins les gens se révoltent en conscience, plus les inégalités perdurent, plus il y a de souffrances, et ce n’est donc pas par la résignation (quel qu’en soit le motif) que l’on fera diminuer tous les malheurs. Notre planète n’est pas vouée à demeurer éternellement une vallée de larmes, mais devra trouver par sa propre évolution, un bonheur à construire en éliminant progressivement tous les facteurs de souffrance.