le livre des esprits
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Bonjour,
Je viens de relire quelques passages du "Livre des Esprits" de Kardec que j'avais acheté il y a 10 ans.
J'avais un peu oublié le contenu et en m'y replongeant, j'ai été surpris par l'attitude condescendante des esprits répondant aux questions d'Allan K.
Je trouve même qu'il y a un côté chrétien intégriste dans leur manière d'utiliser certaines expressions comme "expiation", "rachat des fautes", "soumission à la volonté de Dieu", "Pauvres êtres que Dieu châtiera", "les peines sont toujours proportionnées à la conscience que l'on a des fautes commises", etc...
On dit que "Dieu est amour", mais moi en relisant ça, j'ai un peu peur!!
L'Esprit questionné met régulièrement en avant les défauts des êtres incarnés mais il donne le sentiment d'être assez orgueilleux lui aussi, en tout cas plutôt arrogant.
Faut-il replacer cela dans le contexte de l'époque?
Les esprits aujourd'hui s'expriment-ils différemment?Merci à vous pour votre travail toujours aussi passionnant.
Bonne continuation -
Bonjour,
Oui, il faut replacer tout cela dans le contexte d’une époque, quand le spiritisme naissant se développait au sein d’une culture chrétienne et essentiellement catholique, culture qui répondait aux notions de péché et de culpabilité concernant les « peines et récompenses » pour la vie future. Il fallait sans doute pour une bonne transition que ces concepts furent utilisés, y compris par le monde des esprits.
La vraie différence que l’on fait aujourd’hui avec tout ce vocabulaire à connotation religieuse, c’est d’une part l’utilisation d’un vocabulaire plus moderne et mieux adapté, et c’est d’autre part une rectification des concepts concernant les notions d’épreuves et d’expiation. D’une façon simplifiée, on pouvait dire à l’époque qu’il y avait une justification à toute chose, et que l’on pouvait justifier une maladie ou un handicap en tant qu’épreuve divine pour évoluer ou racheter des fautes antérieures. Mais avec la continuité du spiritisme, dans une étude plus approfondie des causes et des conséquences, on s’est aperçu qu’il n’y avait plus rien d’autre que des relations de cause à effet, le handicap pouvant être le résultat d’une angoisse antérieure non résolue véhiculée par le périsprit, et de même pour des maladies déjà en germe au moment de la naissance. On en est donc venus à de simples explications naturelles étayées par des études sur la réincarnation, et à partir desquelles on ne voyait plus de causes punitives pour expliquer telle ou telle conséquence. Il n’y a plus besoin de justifier les relations de cause à effet par un jugement divin, mais à seulement faire intervenir le divin dans un processus naturel d’évolution où les causes et les conséquences deviennent évidentes et se justifient d’elles-mêmes.
Sans doute en d’autres temps, a-t-on trop cherché à trouver des justifications morales à tout, dans la continuité des religions de la culpabilité. Sans doute fallait-il passer par là pour que les gens appréhendent l’au-delà en fonction de leur propre culture. Mais Allan Kardec avait pris cette précaution de préciser :
«Le spiritisme, marchant avec le progrès, ne sera jamais débordé parce que, si de nouvelles découvertes lui démontraient qu'il est dans l'erreur sur un point, il se modifierait sur ce point ; si une nouvelle vérité se révèle, il l'accepte.
Il n'y a de foi inébranlable que celle qui peut regarder la raison face à face, à tous les âges de l'humanité.»
Il a donc fallu corriger ces formes de justification morale à partir de nouvelles constatations, en se disant bien qu’une pensée spirite développée en quelques courtes années, ne pouvait rendre compte de toutes les complexités spirituelles de la réincarnation. Cela étant l’œuvre d’Allan Kardec reste d’actualité quant aux grands principes spirites développés. Il y avait surtout à corriger ces notions expiatoires.