Suite à 9854 (Jacques) sur le crédit à apporter aux esprits.
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Cher Jacques,<BR>Je ne sais plus que croire et ni qui croire !<BR>J’avais déjà cessé depuis un certain temps de donner crédit aux religions et il me restait le Livre des Esprits comme une référence de vérité. Vous l’avez détruit !<BR>Non Jacques, je ne suis pas d’accord avec vos visions des choses et dire que le Livre des Esprits relève d"une idée rétrograde", c’est plus que navrant, c’est consternant ! A l’époque de ce pauvre Allan Kardec vous auriez fait merveille parmi ses opposants !<BR>Quand vous dites :<BR>« C'est seulement au niveau des causes que l'on doit s'interroger, car si toute souffrance est une expiation, tout se justifie et il n'y a pas lieu de vouloir changer quoi que ce soit à la marche du monde. » <BR><BR>Je pense qu’il est bien trop réducteur de ramener le raisonnement à ce seul point de vue. La vie sur Terre ne peut en aucun cas trouver une réponse unique pour des milliards d’êtres vivants. Les réponses ne peuvent être manichéennes mais relèvent beaucoup plus probablement d’un écheveau complexe de situations de causes à effets et de vies choisies et/ou imposées qui se mêlent et s’entremêlent à des niveaux différents. Il y a les grandes lignes évolutives de la vie, imposées ou choisies, en termes de morale, et les circonstances aléatoires relevant du libre arbitre. Une chose n’interdisant pas l’autre, ce qui, au passage nous donnerait une explication pour des vies qui ne furent que des suites ininterrompues de catastrophes et d’épreuves, interdisant toute explications d’aspects sociaux ou de hasards.<BR><BR>je me permets de vous rappeler les articles suivants du Livre des Esprits :<BR><BR>486. Les Esprits s'intéressent-ils à nos malheurs et à notre prospérité ? Ceux qui nous veulent du bien s'affligent-ils des maux que nous éprouvons pendant la vie ?<BR>« Les bons Esprits font autant de bien que possible et sont heureux de toutes vos joies. Ils s'affligent de vos maux lorsque vous ne les supportez pas avec résignation, parce que ces maux sont sans résultat pour vous ; car alors vous êtes comme le malade qui rejette le breuvage amer qui doit le guérir. » et le commentaire d’Allan Kardec : « Si l'homme ne connaît pas les actes mêmes qu'il a commis dans ses existences antérieures, il peut toujours savoir de quel genre de fautes il s'est rendu coupable et quel était son caractère dominant. Il lui suffit de s'étudier lui-même, et il peut juger de ce qu'il a été, non par ce qu'il est, mais par ses tendances. Les vicissitudes de la vie corporelle sont à la fois une expiation pour les fautes passées et des épreuves pour l'avenir. Elles nous épurent et nous élèvent, selon que nous les subissons avec résignation et sans murmure. »<BR>532. Les Esprits ont-ils le pouvoir de détourner les maux de dessus certaines personnes, et d'attirer sur elles la prospérité ?<BR>« Pas entièrement, car il est des maux qui sont dans les décrets de la Providence ; mais ils amoindrissent vos douleurs en vous donnant la patience et la résignation.<BR>663. Les prières que nous faisons pour nous-mêmes peuvent-elles changer la nature de nos épreuves et en détourner le cours ?<BR>« Vos épreuves sont entre les mains de Dieu et il en est qui doivent être subies jusqu'au bout, mais alors Dieu tient toujours compte de la résignation. La prière appelle à vous les bons Esprits qui vous donnent la force de les supporter avec courage, et elles vous paraissent moins dures. (…).<BR>708. N'y a-t-il pas des positions où les moyens d'existence ne dépendent nullement de la volonté de l'homme, et où la privation du nécessaire le plus impérieux est une conséquence de la force des choses ?<BR>« C'est une épreuve souvent cruelle qu'il doit subir, et à laquelle il savait qu'il serait exposé ; son mérite est dans sa soumission à la volonté de Dieu, si son intelligence ne lui fournit aucun moyen de se tirer d'embarras.(…) »<BR>L’article suivant résumant assez bien les raisonnements précédents :<BR>741. Est-il donné à l'homme de conjurer les fléaux dont il est affligé ?<BR>« Oui, d'une partie ; mais pas comme on l'entend généralement. Beaucoup de fléaux sont la suite de son imprévoyance ; à mesure qu'il acquiert des connaissances et de l'expérience, il peut les conjurer, c'est-à-dire les prévenir s'il sait en rechercher les causes. Mais parmi les maux qui affligent l'humanité, il en est de généraux qui sont dans les décrets de la Providence, et dont chaque individu reçoit plus ou moins le contre-coup ; à ceux-là l'homme ne peut opposer que la résignation à la volonté de Dieu ; et encore ces maux sont souvent aggravés par son insouciance. »<BR> ----------------------<BR>.Quand vous dites : « Il est bien évident qu'une première version philosophique du spiritisme, obtenue très rapidement en quelques années grâce au concours de quelques médiums, et malgré la grande intelligence et clairvoyance d'Allan Kardec, ne pouvait être parfaite en tout point. », vous ne faites absolument pas référence aux Esprits mais aux hommes, médiums et Allan Kardec, ce qui est tout de même paradoxal, comme si le Livre des Esprits était le fruit du travail des hommes et non celui des Esprits supérieurs !<BR><BR>Quand vous dites : « il s'agit simplement de remplacer "épreuves et expiations" par "relations de cause à effet. » Il ne peut s’agir ici d’autres choses que de réelles divergences de pensées !<BR>En affirmant cela avec aplomb vous risquez, très fortement, de désacraliser la confiance que beaucoup accordent aux révélations des Esprits. En effet, que valent les déclarations d’aujourd’hui quand on peut dès lors penser qu’elles ne sont que relatives et caduques à tout moment ? <BR>Auquel cas, cela voudrait dire que les esprits qui ont inspiré Le Livre des Esprits l’ont fait sous leur seule volonté, sans la permission divine comme étant un outils puissant d’élévation de l’espèce humaine, et qu’ils n’étaient, somme toute que des esprits faux savants.<BR>Nous avons besoin pour vivre de certitudes et non pas de doutes. Vous venez d’ouvrir la boîte de pandore du doute et je ne peux plus apporter de crédits à une philosophie qui se calque sur les goûts et modes bien pensantes parisiennes du moment.<BR>La vraie question en mon sens reste donc celle de la crédibilité. Il existe une différence notable entre vos points de vue et l’enseignement du Livre des Esprits et il serait bien léger de se le cacher. Les esprits avec lesquels vous travailler aujourd’hui sont-ils plus fiables que ceux de l’époque d’Allan Kardec ? Si non, en quoi peuvent nous intéresser leurs enseignements si l’on sait dès aujourd’hui qu’ils seront dépassés peut-être dès demain ? Je ne peux me résigner à cela et je me permets de poser le doute sur votre vision des choses et c’est pour moi une véritable souffrance que de les lire.<BR><BR>Néanmoins cordialement et amicalement.<BR>yvan<BR><BR>
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Cher Yvan, je n'ai jamais parlé d'esprits faux savants, mais d'une certaine adaptation à un contexte. Et par rapport à ce contexte qu'il faut bien mesurer, figurez-vous que si le Livre des Esprits avait contenu une morale révolutionnaire (type Dom Elder Camara, Martin Luter King ou Nelson Mendela, pour prendre des exemples récents), il est certain qu'Allan Kardec aurait subi le même sort que Victor Hugo, c'est-à-dire l'exil, avant même la parution du moindre livre spirite. Je ne veux pas par là affirmer avec certitude que le contexte du second empire ait eu une influence certaine sur une morale spirite qui ne dérangeait personne, mais l'on ne peut malgré tout s'empêcher de se poser la question. Et cette question là, elle n'est pas nouvelle, elle n'est pas inhérente au spiritisme d'aujourd'hui, puisqu'elle fut posée en particulier par des spirites brésiliens du 20è siècle aujourd'hui décédés, des Manuel Porteiro, Humberto Mariotti, Carlos Imbassahy, Deolindo Amorim, et j'en passe... N'a-t-on pas le droit de remettre à jour des conceptions mal formulées d'une morale qui avait sans doute sa raison d'être à une époque, pour avec le temps, redéfinir des notions trop sommaires à la lumière de messages spirites et de réflexions plus récentes ? Le spiritisme codifié par Allan Kardec nous dispenserait-il de réfléchir certains points ? Les avancées démocratiques de nos sociétés ne permettent-elles pas de poser les questions autrement que sous le règne de Napoléon III ? Même l'Eglise d'aujourd'hui, tant critiquable par ailleurs, reconnaît la stricte égalité entre tous les humains (référence au dernier point de ma réponse précédente). <BR>Alors, faudra-t-il tout retenir du Livre des Esprits, comme s'il s'agissait de la "Bible" des spirites au-delà de laquelle il n'y aurait plus rien à discuter ou à réformer. Même Allan Kardec en son temps vous aurait répondu que "non", parce que lui, n'était pas un dogmatique, mais un personnage toujours prêt à la remise en question si on lui démontrait le contraire de ses affirmations, fussent-elles de provenance spirituelle. Et c'est en ce sens qu'Allan Kardec est admirable et je me rends compte que celles et ceux qui l'admirent le mieux sont ceux-là qui n'ont pas hésité à reconsidérer tel ou tel point de son oeuvre (forcément inachevée). Si vous trouvez en n'importe quelle oeuvre (philosophique, scientifique ou autre) quelque chose d'achevé, d'abouti et de définitif en tout point, vous risquerez fatalement de tomber dans le dogmatisme, parce que vous aurez considéré qu'il existe quelque part l'absolue vérité au-delà de laquelle il n'y a plus rien à dire ou à découvrir. Non, il y a des éléments de vérité qui s'acquièrent pas à pas, il y a des certitudes qui s'affinent dans la subtilité et la complexité, mais le divin est encore loin de notre compréhension totale, auquel cas nous devons être en mesure de nous remettre en question quand cela devient nécessaire. Et puis il y a des vérités incontournables sur lesquelles on ne reviendra pas ; j'en retiendrai deux exemples parmi tant d'autres dans l'oeuvre d'Allan Kardec : l'indispensable abolition de la peine de mort et la nécessaire émancipation de la femme, l'égale de l'homme (très fort pour l'époque !).<BR>