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Peut-il y avoir un islam européen ?
On pourrait poser cette question ainsi : l’islam en Europe peut-il devenir un islam d’Europe ? Cette interrogation sous-entend le problème de l’intégration non seulement des musulmans en tant qu’individus mais aussi des principes et du système de valeurs qui fondent l’anthropologie et l’organisation de la vie sociale selon l’islam. Autrement dit, l’islam est-il compatible avec la civilisation européenne ? Peut-il s’y fondre sans se dénaturer ? C’est une question grave qui est ainsi posée. Pour promouvoir un islam européen, les musulmans, premiers acteurs concernés par cette perspective, seraient conduits à adopter des dispositions et des comportements étrangers à la doctrine et à la loi islamiques. A titre personnel, des musulmans peuvent souscrire à ces exigences – et beaucoup le font de leur plein gré - mais le système islamique lui-même peut-il y adhérer sans se renier, sans risquer de disparaître par implosion ?En l’état actuel, rien ne laisse entrevoir de réelles révisions capables de conduire à une européanisation de l’islam. Cela se vérifie dans deux domaines essentiels : l’anthropologie et l’organisation politico-sociale.
CONCLUSION : DES SOLUTIONS POUR UNE EUROPE APAISÉE
Voici quelques suggestions pour l’adoption d’attitudes susceptibles de contribuer à des relations islamo-chrétiennes apaisées en Europe.1°) Ne pas faire semblant de croire que l’islam est une religion comme les autres et qu’il n’est qu’une religion. Il convient d’éviter de déclarer sans cesse que « l’islam est une religion de paix, d’amour et de tolérance » ; que les actes de violence commis par des musulmans ne se justifient pas au nom de la religion ; ou encore que « l’islam est compatible avec la démocratie ». Il appartient aux musulmans, notamment à leurs représentants, et non à ceux qui les accueillent, de montrer aux autres, surtout par leurs actes, quel est l’islam authentique.
2°) Eviter le déni de certaines réalités gênantes dans l’islam alors que l’actualité les met en évidence. Ce mensonge conduit les populations européennes non musulmanes à la méfiance, à la peur et à l’agressivité envers les musulmans (« l’islamophobie » n’est pas spontanée), ce qui risque d’engendrer un cercle vicieux de violences. Au demeurant, les accusations d’ « islamophobie » sont un piège dans lequel il faut éviter de tomber, sous peine de se priver de la liberté de critiquer les aspects dérangeants, voire inacceptables, de l’islam (cf. l’absence de liberté religieuse ou le traitement de la femme).
3°) Envisager l’accueil et le traitement des musulmans, qu’ils soient immigrés ou nationaux, en tant que personnes et non comme membres d’une communauté aux traditions et mœurs incompatibles avec celles qui fondent la civilisation européenne.
Céder aux revendications communautaristes au nom de la tolérance et du respect des cultures relève d’une générosité mal éclairée. En se multipliant dans tous les secteurs de la vie, l’acceptation de ces revendications par les pouvoirs publics entraîne forcément une rupture du lien social et nuit aux cohésions nationales. Le concept d’assimilation doit d’ailleurs retrouver sa place là où il a été banni (cela s’est fait subrepticement, sans le dire aux peuples européens et sans les consulter) et remplacer le multiculturalisme là où il est en vigueur par tradition. Les musulmans doivent faire l’effort principal. L’Europe n’a pas de dette envers l’islam. Comment les autorités allemandes ont-elles entendu sans réagir le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, en visite à Berlin en 2008, déclarer devant le Parlement : « L’assimilation est un crime contre l’humanité » ?4°) Rétablir un sain équilibre dans les rapports entre l’homme et la femme, pour faciliter l’assimilation des musulmans. L’égalité ne doit plus être comprise comme indifférenciation, similitude ou interchangeabilité, alors que seule la différence et l’altérité sont sources de fécondité. Il faut renoncer absolument à la folle théorie du genre, qui est une aliénation, le fruit d’une révolte, d’un ressentiment, d’un déni. Il est essentiel de retrouver l’expérience de l’émerveillement devant l’altérité.
La même attitude est requise face aux lois. Mais pour que celles-ci soient respectables et attrayantes aux yeux des musulmans, pour qu’ils y voient des lois supérieures aux leurs, il faut que celles-ci reposent sur la loi naturelle, qui est au fondement du droit chrétien et européen (22). Ce droit n’est pas confessionnel mais universel. Il profite donc à tous, quelle que soit la religion ou l’incroyance de chacun. Il est essentiel de refonder des sociétés européennes vertueuses, dignes d’être enviées, et de redéfinir le concept de « droits de l’homme » qui est devenu une idéologie finalement contraire à la dignité de la personne humaine.
Une politique familiale dynamique, fondée sur le mariage entre un homme et une femme, doit aussi être mise en place d’urgence afin d’encourager la natalité dans les populations européennes de souche, ceci en vue de redresser le déséquilibre croissant que l’on constate dans ce domaine avec la fécondité des musulmanes. A noter que les lois dites « sociétales » qui instaurent les unions homosexuelles constituent une ouverture vers la reconnaissance de la polygamie.
Quoi qu’il en soit, il importe de ne pas céder à la fatalité de « l’hiver démographique » dans lequel l’Europe est aujourd’hui plongée. Sinon, elle se suicide, non pas en disparaissant mais en perdant son identité.
5°) Assumer l’histoire de l’Europe et de chacune de ses nations avec fierté, préserver leur identité, notamment dans l’enseignement scolaire et les discours politiques. Il est totalement faux d’affirmer que « l’Europe a des racines autant musulmanes que chrétiennes », comme Jacques Chirac l’a fait devant Philippe de Villiers, lors d’une rencontre à l’Elysée, en 2003. La conscience européenne s’est d’ailleurs largement forgée dans la confrontation avec l’islam, notamment lors de la domination de l’Empire ottoman sur une partie des Balkans, à partir du XIVème siècle, et de ses avancées vers l’Ouest, comme en témoignent les victoires de Lépante (1571) et de Vienne (1529 et 1683). Cette démarche nécessite aussi la révision du mythe de l’Andalousie heureuse qui idéalise la coexistence supposée entre christianisme, judaïsme et islam dans l’Europe médiévale et qui cherche à attribuer aux Arabes (sous-entendu aux musulmans) l’apport de la science aux Européens (23).
Les Européens sont en plein paradoxe lorsqu’ils refusent de reconnaître le christianisme comme élément constitutif de leur identité tout en oeuvrant en même temps à intégrer en leur sein un grand pays, la Turquie, qui, en s’éloignant du kémalisme, retrouve son identité islamique et en est fier. Pour exister sur la scène mondiale, l’Europe doit préciser ses limites géographiques, ses frontières, et sortir du flou identitaire dans lequel elle se complaît. Il s’agit d’un principe de base pour garantir la paix et la stabilité à l’intérieur et le rayonnement à l’extérieur. Il est temps que l’Union européenne clarifie sa position à ce sujet en proposant à la Turquie un partenariat privilégié et non plus l’adhésion.
6°) Respecter l’Eglise et écouter ce qu’elle a à dire au pouvoir politique en Europe. Montrer publiquement la reconnaissance des Etats envers le christianisme puisque c’est par lui que la civilisation européenne a été façonnée et a rayonné dans le monde. « C’est une singulière vision de la démocratie que de faire coïncider le respect des individus et des minorités avec le non-respect de la majorité et l’élimination de ce qui est acquis et traditionnel dans une communauté humaine », écrit à ce sujet le cardinal Biffi (24).
7°) Contrairement à une idée répandue, la laïcité, telle qu’elle est conçue et pratiquée en Europe, malgré une institutionnalisation plus ou moins poussée, des Eglises en plusieurs pays, n’est pas une solution adéquate aux problèmes posés par l’islam car les musulmans y voient, à juste titre, un moyen qui conduit à la sécularisation, à l’athéisme et au paganisme. Il faut donc mettre en place une saine laïcité, selon les critères traditionnels rappelés par le pape Benoît XVI autour du concept « d’unité-distinction » : « La saine laïcité signifie libérer la croyance du poids de la politique et enrichir la politique par les apports de la croyance, en maintenant la nécessaire distance, la claire distinction et l’indispensable collaboration entre les deux » (25). La séparation stricte entre l’Etat et l’Eglise qui caractérise la laïcité dans certains pays européens ne peut entraîner des relations apaisées entre l’Etat et ses citoyens, quels qu’ils soient. Pour les musulmans, cette laïcité radicale est dangereuse et constitue donc un repoussoir.
En résumé, l’Europe est aujourd’hui invitée à donner à ses ressortissants et immigrés musulmans l’envie d’aimer leur pays d’accueil et à refuser qu’ils s’y installent pour en profiter égoïstement. Il ne faut jamais oublier que l’islam prospère toujours sur la faiblesse des autres. L’histoire du Proche-Orient illustre amplement cette leçon. Aujourd’hui, l’islam prospère sur l’épuisement culturel et spirituel de l’Europe.
Annie Laurent*
par Annie Laurent, Docteur d'Etat en sciences politiques
http://www.observatoiredeleurope.com/Les-Europeens-face-au-defi-de-l-Islam_a2177.html