Pouvoir de colère ?
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Il m'est arrivé quelques fois, dans mon existence, de désirer fortement du mal à quelqu'un. Non pas dans mon intérêt, mais par réflexe de colère, par peur, ou simplement par agacement profond. Il est arrivé à tout le monde de penser "si tu pouvais te casser la figure...", ou "si tu pouvais disparaître"... Ce qui devient ennuyeux, c'est quand cela se produit vraiment ensuite.<BR><BR>La première fois, c'est une voisine qui vivait à côté. Mon chat passait par ma fenêtre puis par la sienne pour entrer dans son appartement. Un matin très tôt, elle m'avait téléphoné pour m'insulter, et menacer d'envoyer mon chat en fourrière, de le faire piquer. Tremblante d'émotion, de peur (MON chat, bon sang !), de colère aussi, j'avais pensé "Crève donc !", et j'avais fait "ksskkss", de l'index et de l'auriculaire, dirigés vers elle. J'avais vingt ans, et extérioriser sa rage, même si peu, la soulage.<BR><BR>Seulement, deux mois après, un glouglou continu venant de l'appartement d'à côté a commencé à envahir mes jours, et mes nuits. Impossible de faire fermer un robinet - les wc en réalité - qui manifestement fuyait chez la voisine: elle venait de décéder brutalement, les scellés étaient posés, et seule la famille pouvait intervenir. Je n'ai pas dormi pendant pas mal de jours... quel bruit infernal ! Et quel bizarre hasard !<BR><BR>Un an après, autre appartement, autre vieille voisine, celle-ci très folle. Elle s'amusait à descendre les escaliers chaque matin à 6h, en cognant contre chaque barreau de la rembarde la clé de sa cave. Elle y prenait une boîte de conserve, remontait en cognant de la clé et des talons, puis redescendait, remontait... lentement, exprès.<BR><BR>J'avais pensé, excédée "Tombe. Ne te tue pas, mais casse-toi un truc, un truc pas grave, mais que j'aie la paix pendant quelques semaines." Kssksss...<BR><BR>Le surlendemain, plus un bruit. La dame était tombée chez elle la veille, et s'était cassé le coude. Quelques semaines de tranquillité, avant que sa méchanceté soit à nouveau en pleine forme, et que je finisse par fuir...<BR><BR>Des années après - il y a un an - j'ai pris un cours de maths chez un copain de ma fille aînée. Il me raconta ses déboires avec ses voisins, qui le harcelaient, et qui apparemment trafiquaient il ne savait quoi - de la drogue probablement. Leur chien était enfermé la nuit dans leur voiture pour garder son chargement. En quittant ce prof cet après-midi là, j'ai fait kkksss ksss en direction de la porte des voisins (en rigolant, mais avec ce sentiment âpre, cet élan d'indignation que je ressens parfois). Le lendemain, il m'appelle, rigolard: "Ca a marché ton truc. La fourrière a emmené leur voiture, on ne les entend plus du tout, ils sont morts de trouille."<BR><BR>Je suis vraiment à côté de la plaque avec mes histoires idiotes, ou il y a quelque chose de pas clair en moi ? Si oui, est-ce mon fond qui est mauvais ? Ou ma colère si profonde qu'elle jaillit parfois de moi quand ça déborde, et arrose qui est à portée ?